Protection du patrimoine

Trusts internationaux : ce qu'ils sont, comment ils fonctionnent et quand ils ont du sens

· 10 min de lecture

Auteur: Nathan Gomes

Une grande famille se tenant la main sur une plage au coucher du soleil
Les trusts servent à préserver le patrimoine familial et à le transmettre d'une génération à l'autre.

Points clés

  • Un trust sépare la propriété juridique des biens (détenue par un trustee) de la jouissance de ces biens (au profit des bénéficiaires), selon les règles fixées par le settlor.
  • Un trust irrévocable bien structuré permet une transmission sans procédure successorale judiciaire, la continuité entre générations et une protection contre les risques futurs. Un trust révocable n'offre aucune protection du patrimoine.
  • Les juridictions courantes sont les îles Caïmans, Jersey, Guernesey, Nevis et, pour les trusts de droit américain, des États comme le Delaware, le Dakota du Sud et le Nevada.
  • Les trusts ne sont pas secrets : le CRS, le FATCA et les registres des bénéficiaires effectifs imposent des déclarations. L'impôt est généralement dû là où vivent le settlor ou les bénéficiaires.
  • Les personnes américaines liées à un trust étranger déposent les formulaires 3520 et 3520-A ; la pénalité pour un 3520-A manquant est le montant le plus élevé entre 10 000 $ et 5 % des actifs du trust.

Qu'est-ce qu'un trust international ?

Un trust international est un mécanisme juridique par lequel une personne (le settlor) transfère des biens à un trustee, qui les détient et les gère au profit des bénéficiaires choisis, sous une juridiction différente de celle du settlor. Pour les chefs d'entreprise et les familles disposant d'un patrimoine important, c'est l'un des outils les plus éprouvés de transmission et de protection à long terme.

Les trusts sont issus de la common law et largement utilisés au Royaume-Uni, aux États-Unis et dans des centres offshore comme les îles Caïmans et les îles Anglo-Normandes. Au-delà de la protection des biens, ils constituent un moyen légitime de préparer une succession, afin que le patrimoine soit préservé et transmis selon la volonté du settlor même si la situation familiale, politique ou fiscale change.

Le settlor transfère la propriété de biens déterminés, comme des portefeuilles de placements, des biens immobiliers, des participations ou des comptes bancaires, au trustee, qui les gère selon les règles fixées dans l'acte de trust (trust deed).

On compare parfois le trust à une holding familiale, qui centralise elle aussi le patrimoine. La différence est que les biens n'appartiennent plus au settlor ni à une société contrôlée par la famille : ils sont détenus par un trustee indépendant, tenu à des obligations fiduciaires.

C'est cette séparation qui permet au trust de protéger les biens contre des réclamations futures, de simplifier la transmission et, selon la juridiction et les règles fiscales des personnes concernées, d'éviter des niveaux d'imposition inutiles.

Comment un trust est structuré

Un trust repose sur la séparation entre la propriété juridique, qui passe au trustee, et la propriété économique, qui revient aux bénéficiaires. C'est cette distinction qui fait sa solidité juridique.

Le trust est créé par un acte (trust deed) qui consigne les intentions du settlor et fixe les règles de gestion des biens, de distribution des revenus et de fin du trust. Il prend effet au transfert des biens. De nombreux settlors rédigent aussi une letter of wishes : une lettre non contraignante qui guide le trustee sur la gestion des biens dans le temps, en particulier après le décès du settlor.

Settlor, trustee et bénéficiaires

  • Settlor : crée le trust, transfère les biens et définit les règles et les bénéficiaires. Dans un trust irrévocable, le settlor renonce à la propriété et au contrôle des biens, et c'est ce qui rend la protection efficace.
  • Trustee : la personne ou, le plus souvent, la société fiduciaire agréée qui gère les biens. Il a le devoir fiduciaire d'agir dans l'intérêt des bénéficiaires et conformément à l'acte. Dans les juridictions sérieuses, les trustees sont réglementés et supervisés.
  • Bénéficiaires : les personnes ou entités qui profitent du trust, comme les membres de la famille, les héritiers ou des œuvres caritatives. Le settlor peut être bénéficiaire dans certaines structures, mais un trust qu'il peut révoquer ou qui profite surtout à lui-même n'offre que peu ou pas de protection contre les créanciers.

Chaque rôle est distinct. Le settlor fixe l'objectif, le trustee gère de façon impartiale et les bénéficiaires reçoivent selon les conditions définies, dans un cadre juridique reconnu depuis des siècles.

Juridictions courantes pour les trusts

Un trust doit respecter le droit de la juridiction choisie. Parmi les plus reconnues :

  • Îles Caïmans : droit des trusts moderne, aucun impôt local sur les trusts et un secteur professionnel étoffé.
  • Delaware, Dakota du Sud et Nevada (États-Unis) : privilégiés pour les trusts de droit américain, notamment les trusts domestiques de protection d'actifs que beaucoup de familles américaines préfèrent aux trusts étrangers.
  • Nevis : législation souple et forte protection contre les jugements étrangers.
  • Jersey et Guernesey : longue tradition, réglementation solide et large usage par les banques et gestionnaires internationaux.

Le choix doit tenir compte de la sécurité juridique, du traitement fiscal dans les pays du settlor et des bénéficiaires, de la réputation et du coût. Chaque juridiction a ses propres règles sur la durée du trust, les devoirs du trustee et les exigences d'enregistrement ou d'audit : un conseil expérimenté est donc indispensable.

Une carte du monde gravée dans un mur en bois
La juridiction du trust doit être adaptée aux pays où vivent le settlor et les bénéficiaires.

Avantages d'un trust international

Un trust réunit dans une seule structure protection du patrimoine, préparation de la succession et, dans certains cas, efficacité fiscale. Chaque situation demande une analyse individuelle, mais les principaux avantages sont bien établis.

Protection contre les risques futurs

Comme les biens appartiennent juridiquement au trustee, ils ne font plus partie du patrimoine personnel du settlor et sont protégés contre de futurs procès, créanciers ou conflits familiaux, ainsi que contre l'instabilité politique ou économique de son pays d'origine.

Cette protection ne vaut que pour les risques futurs. Un transfert réalisé alors qu'une réclamation existe déjà, ou pour échapper à des créanciers connus, peut être annulé par les tribunaux au titre de la fraude aux droits des créanciers. C'est pourquoi on constitue un trust en période calme, bien avant tout litige.

Une statue en bronze de la Justice tenant une balance
Les tribunaux peuvent annuler les transferts destinés à échapper à des créanciers existants ; les trusts se créent donc avant tout litige.

Une transmission sans procédure judiciaire

Les biens d'un trust se transmettent selon l'acte de trust, et non par une procédure successorale (probate). Dans de nombreux pays, cette procédure est longue, publique et coûteuse ; un trust permet une transmission ordonnée et discrète à la génération suivante, selon les conditions choisies à l'avance par le settlor, comme un âge, des études ou des versements échelonnés.

C'est pourquoi les familles utilisent les trusts pour préserver l'unité d'un patrimoine sur plusieurs générations et réduire le risque de conflits entre héritiers.

Traitement fiscal

Des juridictions comme les îles Caïmans et Nevis n'imposent pas les trusts sur les revenus ou plus-values de biens situés hors de leur territoire. Cela ne rend pas ces revenus exonérés : le settlor et les bénéficiaires sont en général imposés dans leurs pays de résidence, et de nombreux pays ont des règles spécifiques pour les trusts étrangers. Le trust n'ajoute pas de niveau d'impôt supplémentaire, mais il ne supprime pas l'impôt dans le pays de chacun.

Un trust permet aussi une gestion professionnelle d'un portefeuille international en devises fortes comme le dollar américain, l'euro et le franc suisse, dans une structure transparente et conforme.

Coûts et limites

Comme tout outil juridique sophistiqué, un trust demande de la préparation, des coûts récurrents et de la rigueur.

Coûts de fonctionnement et exigences légales

Il faut prévoir des frais de constitution et des honoraires annuels pour le trustee, la comptabilité, les audits et les déclarations réglementaires, qui varient selon la juridiction et la complexité. Le trust est régi par le droit de la juridiction où il a été créé et doit respecter les normes de lutte contre le blanchiment et de connaissance du client : le settlor et le trustee doivent justifier l'origine licite des biens.

Choisir la juridiction et le trustee

Un trust ne vaut que par sa structure. Les juridictions au droit éprouvé, à la réglementation moderne et à la bonne réputation, comme les îles Caïmans, Jersey et Guernesey, offrent le meilleur équilibre entre stabilité et reconnaissance.

Transparence et déclarations

Les trusts ne sont pas secrets. Avec la norme commune de déclaration (CRS) de l'OCDE, en vigueur depuis 2016 dans les premiers pays, les institutions financières déclarent les trusts et leurs bénéficiaires aux administrations fiscales ; les États-Unis appliquent à la place leurs propres règles FATCA. De nombreuses juridictions tiennent aussi des registres des bénéficiaires effectifs. Un trust correctement déclaré reste confidentiel vis-à-vis du public, tandis que l'administration fiscale reçoit les informations.

Trusts internationaux et personnes américaines

Les citoyens et résidents américains sont soumis à des règles particulières. Un trust étranger dont le settlor est américain est en général traité comme un grantor trust : ses revenus sont imposés chaque année au nom du settlor. Le propriétaire américain doit veiller à ce que le trust dépose le formulaire 3520-A et doit déclarer les apports et distributions sur le formulaire 3520. La pénalité pour un 3520-A manquant est le montant le plus élevé entre 10 000 $ et 5 % des actifs du trust, et les comptes du trust figurent aussi sur le FBAR. Pour beaucoup de familles américaines, un trust domestique au Delaware, dans le Dakota du Sud ou au Nevada atteint des objectifs similaires avec des déclarations plus simples.

Pour en savoir plus, consultez notre guide sur les obligations FBAR des citoyens américains.

Trust, fondation ou holding ?

Les familles qui préparent leur succession comparent généralement trois structures. Elles poursuivent des objectifs proches, mais leur nature juridique et leurs conséquences diffèrent.

Holding familiale

Une société qui centralise les participations et les biens de la famille selon le droit des sociétés de son pays. Elle est simple à gérer et garde le contrôle au sein de la famille, mais les parts restent dans le patrimoine de chaque associé, elle est soumise à l'impôt sur les sociétés et aux droits de succession locaux, et elle protège moins qu'un trust.

Fondation privée

Une fondation combine des traits d'une société et d'un trust. Elle est courante au Liechtenstein, au Panama et aux îles Caïmans et peut servir des objectifs familiaux ou caritatifs. Contrairement au trust, elle a la personnalité juridique et un conseil qui exécute la volonté du fondateur inscrite dans ses statuts.

TrustFondationHolding
Personnalité juridiqueNon ; les biens sont au trusteeOuiOui
Qui contrôle les biensTrustee indépendantConseil de la fondationLa famille, en tant qu'associés
Biens dans le patrimoine du fondateurNon (trust irrévocable)NonOui, via les parts
Protection contre les réclamations futuresÉlevéeÉlevéeLimitée
Juridictions courantesCaïmans, Jersey, Guernesey, Nevis, États américainsLiechtenstein, Panama, CaïmansTout pays
Idéal pourTransmission et protectionHéritage familial ou caritatifContrôle et gestion simple
Tableau 1 : Trust, fondation et holding comparés.

En pratique, ces structures sont souvent combinées, par exemple un trust qui détient une holding, afin de créer plusieurs niveaux de protection et de gouvernance autour du patrimoine familial.

Comment nous vous aidons

Constituer un trust ne se résume pas à choisir une juridiction et un trustee. Nous commençons par examiner le patrimoine et les objectifs de la famille, recommandons la structure (trust, fondation, holding ou combinaison), sélectionnons la juridiction et un trustee réglementé, et coordonnons les déclarations exigées dans chaque pays concerné.

En résumé

Un trust international est l'un des outils les plus complets pour protéger et transmettre un patrimoine, à condition d'être créé avant tout litige, géré par un trustee réglementé et entièrement déclaré dans les pays du settlor et des bénéficiaires.

Notre Private Advisory Session évalue si un trust convient à votre famille et comment il s'articule avec votre résidence et votre situation fiscale.

Sources

Questions fréquentes

Quelle différence entre un trust révocable et un trust irrévocable ?

Dans un trust révocable, le settlor peut modifier ou dissoudre le trust et reprendre les biens, qui restent donc dans son patrimoine et ne sont pas protégés contre les créanciers. Dans un trust irrévocable, le settlor renonce à ce contrôle, ce qui permet la protection et la préparation de la succession.

Un trust international permet-il d'éviter l'impôt ?

Pas à lui seul. Des juridictions comme les îles Caïmans n'ajoutent pas d'impôt propre, mais le settlor et les bénéficiaires sont en général imposés dans leurs pays de résidence ou de nationalité, et le trust doit être déclaré.

Puis-je placer des biens dans un trust après le début d'un procès ?

Les transferts réalisés alors qu'une réclamation existe déjà, ou pour échapper à des créanciers connus, peuvent être annulés par les tribunaux au titre de la fraude aux créanciers. Un trust doit être constitué bien avant tout litige.

Les citoyens américains doivent-ils déclarer un trust étranger ?

Oui. Les personnes américaines qui créent, alimentent, détiennent ou reçoivent des distributions d'un trust étranger le déclarent sur les formulaires 3520 et 3520-A, et les comptes du trust peuvent aussi devoir figurer sur le FBAR.

Combien de temps faut-il pour créer un trust ?

En général quelques semaines, selon la juridiction, les vérifications du trustee et les biens transférés.

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